Quelles pratiques en cas de vomissement d’une dose de médicament chez les enfants traités pour un cancer ? Retour sur une enquête Nord-Américaine

Question évaluée : Parmi l’ensemble des problématiques de l’oncologie pédiatrique, celles liées aux vomissements faisant suite l’administration d’anticancéreux oraux sont fréquentes et génèrent des interrogations quant à la décision ou non de réadministrer la dose. Une équipe canadienne (Colombie Britannique) s’est interrogé sur les pratiques en Amérique du Nord et en Océanie.

Type d’étude : Étude descriptive basée sur une enquête électronique auprès des infirmiers et pharmaciens exerçant en oncologie pédiatrique (services d’hospitalisation conventionnels et centres de greffe de cellules souches) à travers l’Amérique du Nord et l’Océanie.

Méthode : Une enquête en ligne a été diffusée à environ 3600 infirmiers et 1470 pharmaciens, membres de réseaux professionnels. L’objectif principal était d’identifier les facteurs clefs qui influencent la décision de réadministrer un médicament oral après vomissement, avec une analyse descriptive et thématique du contenu des réponses.

Résultats : Sur 110 réponses, 87 étaient exploitables :

  • La majorité des répondants (74%) étaient des pharmaciens ; 92% exerçaient auprès d’enfants atteints de cancer et/ou transplantés,
  • La problématique des vomissements après administration orale était rapportée comme fréquente (3/4 des répondants rencontraient la situation entre une fois par semaine et une fois par mois), surtout chez les 1-4 ans,
  • 85% des répondants adoptaient une règle générale de ré-administration pour la chimiothérapie orale si les vomissements survenaient dans les 30 minutes suivant la prise (62% dans les 15 min),
  • Les facteurs jugés “très importants” pour la décision de ré-administration étaient :
    • L’intervalle entre administration et vomissement (77%),
    • Le type de médicament (anticancéreux, antibiotique, …) (67%),
    • Le statut « expérimental » du médicament (54%)
    • La visualisation (macroscopique) des résidus de médicament dans les vomissures (41%).
  • Près de la moitié des centres n’avaient pas de protocole ou de lignes directrices spécifique.
  • En cas de médicament expérimental, les répondants privilégiaient le protocole de l’étude et les informations du promoteur.

Un algorithme décisionnel a été proposé, suggérant une ré-administration si le vomissement survient dans les 20–30 minutes (hors-essais cliniques) comme illustré sur la Figure ci-après issue de l’article.

Points forts :

  • Première enquête multicentrique nord-américaine sur la pratique réelle du re-dosing en oncologie pédiatrique,
  • Identification claire des facteurs majeurs dans la décision clinique,
  • Proposition d’un algorithme décisionnel pratique.

Points faibles :

  • Risques de biais de rappel et représentativité (plusieurs réponses possibles par institution),
  • Non prise en compte de toutes les formes galéniques et de tous facteurs cliniques, par exemple le cas des formes sublinguales.

Conclusion/Implications en pratique : L’enquête montre une grande hétérogénéité des pratiques et se justifie pleinement compte-tenu de l’absence de recommandations spécifiques dans la littérature. Le travail des auteurs est directement applicable dans nos hôpitaux (et pas que), c’est-à-dire retenir la légitimité d’une ré-administration chez les enfants qui vomissent au plus tard 20-30 minutes après la prise.

Rédigé par Florian SLIMANO

D’après Singla S, et al. Vomiting of oral medications by pediatric patients: Survey of medication re-dosing practices in pediatric oncology and stem cell transplant centers. Journal of Oncology Pharmacy Practice. Publication avancée en ligne le 4 février 2026. https://doi.org/10.1177/10781552261416089

 

 

 

 

 

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