Question évaluée : Des programmes multidisciplinaires d'évaluation pré-thérapeutiques ont été mis en place afin de sécuriser l’initiation des traitements antitumoraux injectables et oraux. Quel est l’impact clinique et économique des interventions pharmaceutiques (IP) dans ces programmes chez des patients atteints de cancer recevant un traitement antitumoral (oral ou injectable) ?
Type d’étude : Étude observationnelle, prospective, menée entre février 2020 et avril 2021 dans deux hôpitaux parisiens (l’hôpital Cochin et l’hôpital Européen Georges Pompidou).
Méthode : À la suite des consultations pharmaceutiques avec bilan de médication, les IP ont été validées par une équipe pluridisciplinaire. Un comité d’experts cliniques indépendants a évalué l’impact clinique potentiel des interactions médicamenteuses. L’association entre les variables cliniques et les IP a été analysée à l’aide d’un modèle de régression logistique multivariée. Le coût du programme pharmaceutique a été estimé en valorisant le temps de travail des pharmaciens selon leur rémunération, puis comparé aux coûts potentiellement évités.
Résultats : 438 patients atteints de tumeurs solides ont été inclus : 62 % d’hommes, âge moyen de 65 ± 13 ans, avec une moyenne de 6 (écart interquartile : 3-8) médicaments par patient.
51 % des patients ont nécessité au moins une IP (374 au total, soit 1,7 IP/patient). 71 % (n=266 IP) des IP concernaient des interactions médicamenteuses (concernant 130 patients), dont 65 % (n=174 IP) jugées cliniquement significatives. Les facteurs indépendamment associés à la réalisation d’une IP étaient le nombre de médicaments (5–9 vs <5 : Odds Ratio = 2,91 [IC95% 1,82-4,65], p < 0,001) et le type de traitement antitumoral (immunothérapie vs chimiothérapie intraveineuse : Odds Ratio = 0,35 [0,18-0,68], p = 0,002). 32 % des patients (n=141) utilisaient des médecines complémentaires et alternatives, responsables de
12 % des IP (n= 46 IP). Le coût pharmacien était estimé entre 4 899 € et 6 125 €, soit un coût moyen de 11,4 à 14,3 € par patient. Les coûts d’hospitalisation évités étaient évalués à 180 633 €, soit un retour sur investissement de 1 € investi = 29–37 € évités.
Points forts :
- Étude prospective, multicentrique, couvrant thérapies orales et injectables.
- Validation des IP par un comité multidisciplinaire d’experts indépendants.
- Mesure détaillée du temps pharmaceutique et analyse médico-économique robuste.
Points faibles :
- Étude observationnelle sans suivi longitudinal : impact clinique réel non mesuré.
- Faible niveau de preuve pour une partie des interactions médicamenteuses identifiées.
- Limitation à deux centres français, possible manque de généralisation.
Conclusion/Implications en pratique :
L’intégration systématique de pharmaciens cliniciens dans les programmes multidisciplinaires pré-thérapeutiques anticancéreuses permettrait de réduire de façon significative les risques liés aux médicaments et d’optimiser la prise en charge, tout en générant des économies substantielles pour l’hôpital. Le renforcement de ce type de programme est recommandé face à la complexification croissante des parcours thérapeutiques en oncologie.
Rédigé par Jean-Stéphane GIRAUD
D’après Giraud JS et al. Clinical and economic impact of pharmacist interventions to identify drug-related problems in multidisciplinary cancer care: a prospective trial. Oncologist. 2025 Aug 4;30(8):oyae213. Disponible en ligne sur : https://doi.org/10.1093/oncolo/oyae213
