Chimiothérapies anticancéreuses et fin de vie : enjeux cliniques et économiques

Question évaluée : La poursuite d’une chimiothérapie anticancéreuse en fin de vie est associée à une augmentation des effets indésirables médicamenteux, des surcoûts et une diminution de la qualité de vie. L’objectif de la présente étude est d’évaluer la pertinence médicale et économique des soins chez des patients suivis en oncologie durant les 90 jours précédant leur décès.

Type d’étude : Étude rétrospective menée dans un CHU français sur les dossiers de patients suivis entre janvier et décembre 2021.

Méthode : L’étude a inclus les données des patients (≥18 ans) avec un diagnostic histologique de cancer confirmé, suivis en service d'oncologie médicale et décédés en 2021. Les patients ont été séparés en deux groupes : (i) un "groupe traité" (GT) ayant reçu un traitement anticancéreux durant les 90 derniers jours de vie et (ii) un groupe non traité. L'intensité des soins a été évaluée par un score composite basé sur les hospitalisations, passages aux urgences et admissions en réanimation. Les données médicales et administratives ont été extraites des dossiers informatisés, tandis que les coûts ont été évalués avec les services administratif et pharmaceutique. L'analyse statistique a utilisé des tests appropriés avec un seuil de significativité p<0,05.

Résultats : L’étude a inclus 270 patients, d’âge médian 69 ans, 195 dans le GT. Les deux groupes étaient comparables sur la localisation du cancer (p=0,25), la présence de polymédication (p=0,34), radiothérapie (p=0,80) et nutrition artificielle (p=0,30). Les patients du GT étaient plus jeunes (67 [23-91] vs.72 [40-96] ; p<0,05), plus souvent hospitalisés (1,8 ± 1,5 vs. 1,4 ± 0,9 ; p=0,0039). Le groupe non traité présentait une durée de séjour en soins palliatifs significativement plus élevée (20,9 ± 35,8 vs. 54,9 ± 81,3 ; p= 0,0025). Le motif de décès était plus fréquemment lié au cancer dans le GT (182 vs. 61 ; p=0,007).

Concernant les scores pronostiques

Les patients du GT présentaient des scores pronostiques plus favorables : Performance Status (1,5±0,8 vs. 1,8±0,9 ; p=0,0129) ; Score de comorbidités de Charlson (8,6±2,6 vs. 9,5±2,6 ; p=0,0192) ; Score BARBOT de fin de vie (3,8±2,2 vs. 5,1±1,6 ; p<0,0001).

Concernant la charge de l'intensité des soins

La plupart des patients (67,8%) présentaient ≤1 indicateur de soins intensifs, tandis que 32,2% en avaient >1. Au total, 80 patients (29,6%) ont été hospitalisés plus d'une fois, 38 (14,1%) ont eu plusieurs passages aux urgences, et 5 (1,9%) ont été admis en réanimation.

Concernant les chimiothérapies anticancéreuses

53 patients ont reçu deux protocoles de chimiothérapie anticancéreuse successifs. Seulement 32 traitements étaient explicitement palliatifs. 51,3% des patients traités ont reçu leur dernier cycle dans les 30 jours précédant le décès.

Concernant les données économiques

Le coût global des soins s’élevait à 4 925 553,40 euros, dont 1 133 862 attribué aux soins pharmaceutiques.

Points forts :

Étude basé sur des données en vie réelle,
Comparaison directe entre patients traités et non traités dans la période considérée,
Analyse multidimensionnelle incluant aspects médicaux et économiques,
Utilisation de scores pronostiques validés.

Points faibles :

Design monocentrique et rétrospective limitant la généralisation,
Impossibilité de distinguer les hospitalisations liées à la chimiothérapie anticancéreuse de celles liées aux complications,
Calcul rétrospectif des scores pronostiques pouvant affecter leur fiabilité,

Conclusion/Implications en pratique :

Cette étude souligne le rôle potentiellement délétère de l'administration de chimiothérapie en fin de vie, associée à une intensité de soins accrue, des taux d'hospitalisation plus élevés et des coûts de santé majorés. Malgré des bénéfices de survie limités, l'utilisation de la chimiothérapie anticancéreuse en fin de vie reste répandue (n=195, 72,2% des patients dans cette cohorte). Ces résultats montrent l'importance d'une intégration précoce des soins palliatifs et de discussions multidisciplinaires pour s'assurer que les décisions thérapeutiques reflètent des objectifs plus appropriés et centrés sur le patient durant les dernières étapes de la vie.

Rédigé par Louis GAUTIER

D’après Agius, P, et al. et al. Evaluation of end-of-Life chemotherapy: a medical and economic challenge revealed by a retrospective observational study. Support Care Cancer 33, 808 (2025), disponible en ligne sur https://doi.org/10.1007/s00520-025-09872-1

 

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